Lorsque ma fille aînée avait cinq ans, qu’elle était en grande section de maternelle, son enseignante nous a interpellé, un jour : “votre fille a des problèmes. Elle ne comprend rien aux mathématiques. Vous devriez consulter.”

Une de mes amies dont le petit garçon vient juste d’entrer en première année de maternelle, rencontre elle aussi des difficultés. Son fils était propre depuis l’été. Elle savait que la propreté était LA condition de son entrée à l’école, alors pendant des semaines elle y a travaillé avec lui et, en septembre, c’était gagné, plus de couches. Seulement voilà… Depuis la rentrée scolaire, ce petit gars qui était propre, mouille de nouveau son pantalon, chaque jour, au moment de la sieste… On a orienté mon amie vers un psychologue. Elle est désemparée…
J’en aurais à raconter sur l’école et notamment l’école maternelle qui m’a laissé, je l’avoue, un assez mauvais souvenir autant avec ma première fille qu’avec la seconde… Et je n’osais rien dire. Peur que mes enfants ne soient mises à l’écart, peur qu’on me les renvoie à la maison, peur de je ne sais quoi encore…
Le travail des enseignants est difficile et très souvent remarquable au regard des conditions dans lesquelles le manque de moyens les contraint. Néanmoins, tous les professeurs des écoles, comme on les appelle aujourd’hui, n’ont pas les qualités nécessaires à l’exercice de leur métier…
Alors je m’interroge lorsque j’apprends que le gouvernement s’apprête à demander aux enseignants de maternelle de “classer” nos enfants sur des listes. C’est le projet “Aide à l’évaluation des acquis en fin de maternelle”. Selon qu’il rencontre des difficultés ou non, un enfant pourra être inscrit dans l’une des trois catégories suivantes : “RAS”, “Risque” et “Haut Risque”… Pourquoi est-ce que ça me fait peur? C’est à priori un progrès qui doit permettre d’appréhender les difficultés d’apprentissage…
Oui mais… Imaginez que votre enfant de cinq ans soit classé à “Haut Risque”… Et après, que fait-on? Quels moyens seront mis en place? Combien de temps son nom restera-t-il sur cette fameuse liste? Bénéficiera-t-il d’une seconde évaluation quelques temps plus tard ou cela le poursuivra-t-il toute sa scolarité?
Et quid de la formation des enseignants qui se retrouvent tout à coup propulsés dans le fauteuil d’un pédo-psychiatre et doivent désormais “diagnostiquer” nos enfants afin de les placer sur la bonne liste? Ils ont déjà bien de la peine à détecter les enfants souffrant de dys (dyslexie, dysphasie, dyspraxie…)…
Enfin, ce projet de classement me rappelle étrangement un dossier que le gouvernement tente de nous faire accepter depuis 2005 sur la prévention de la délinquance… Souvenez-vous, il s’agissait de dépister les enfants à risque dès deux ans… Enfants à risque???
Et vous, accepteriez-vous que vos enfants soient classés “à haut risque”?
Ah, au fait, rassurez-vous, ma fille aînée va très bien aujourd’hui… Elle va très bien depuis toujours et n’a pas eu besoin de suivi psy… Non. Mais elle n’aime toujours pas les maths… Tout comme sa mère!!!!!

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